Alors que Vettel vient d’être titré pour la quatrième fois ce weekend, on voit que l’un des éléments clés des performances des Formule 1 aujourd’hui est le KERS, le récupérateur d’énergie au freinage. Une forme d’hybridation puisqu’elle consiste en une assistance électrique au moteur thermique.
Essence, Diesel, rechargeables ou non, aujourd’hui technologiquement aboutis, les véhicules hybrides sont partout, sur les routes, dans les concessions, dans les magazines… Mais ont-ils leur place sur les grilles de départs des différents championnats, et plus généralement sur les circuits ?
Dès que je vois ce sujet abordé, un petit ange tout blanc et son frère ennemi, rouge et en colère, apparaissent dans mon champ de vision. Je sais depuis longtemps que nous sommes plusieurs dans ma tête, mais d’habitude nous sommes d’accord entre nous !
Puisque j’ai pris ce matin le volant de ma BMW 318is E30, dont l’hybridation se limite à accepter le SP95 et le 98, et que j’ai aimé ça, je commence par le démon, qui a tendance à faire l’association très rapide entre hybridation et écologie. Et là, en bon passionné, j’aurais tendance à avoir une réaction excessive, en réponse aux attaques écologistes contre notre sport, dont les plus virulentes consistent en quelques groupes de décérébrés qui crèvent les pneus de voitures pas assez propres à leurs yeux. Mon démon puriste un peu extrémiste me hurle dans les oreilles qu’un moteur sportif, ça fait vroum, que ça consomme de l’essence, que les vitesses ça se passe avec un levier et une pédale d’embrayage (à part Honda et son CRZ, l’hybride est encore trop souvent associé à la transmission automatique) et qu’à part pour les bougies d’allumage et les phares, on n’a pas besoin d’électricité dans une voiture. Mais refuser en bloc l’hybridation et l’évolution technologique n’a rien de constructif.

L’intérêt de l’Hybridation, sur les véhicules à vocation routière, c’est de varier la source d’énergie en fonction des conditions de roulage. La voiture hybride idéale utilise la propulsion électrique en ville ou dans les bouchons, pour ne pas centraliser des émissions de rejets nuisibles en un point précis, et repasse sur une alimentation thermique une fois sur les routes et autoroutes, où les émissions seront moins concentrées et où les énergies fossiles sont aujourd’hui les plus rationnelles. Dans le cas d’un circuit, l’environnement est le même tout au long du tour, l’objectif est d’aller vite, plus vite que les autres, et savoir si l’Hybride permet ou non de le faire est avant tout une question de règlement technique : c’est l’organisateur de l’épreuve qui décidera s’il souhaite avantager l’hybride ou le tout thermique en définissant les brides, régimes ou cylindrées maximales de chaque mode de propulsion. Ajoutons à tout cela qu’une solution hybride peut aujourd’hui retarder l’échéance de la disparition du pétrole, mais ne permet pas de se passer complètement des énergies fossiles, elle n’est donc pas, en ce sens, une vraie solution d’avenir.
Faisons alors l’effort de tendre l’oreille de l’autre coté, pour entendre ce que dit mon Ange en faveur de l’utilisation de formes d’énergie variées. Il est clair que la motivation ‘écologique’ n’est pas à l’origine de l’hybridation des véhicules de compétition, tout simplement parce que le carburant utilisé par les véhicules de compétition n’est qu’une part infime du bilan carbone total de l’organisation d’une course ou d’un championnat. Alors pourquoi les écuries de F1, ou les constructeurs comme Porsche avec sa GT3 R Hybrid, 918 Spyder ou McLaren P1 cèdent-t-ils aux sirènes de l’Hybride sportif ?

Sur le plan des performances, la technologie hybride permet de récupérer l’énergie du freinage, une énergie perdue et dispersée sous forme de chaleur sur un véhicule conventionnel, mais surtout de réutiliser cette énergie en sortie de courbe lors de la ré-accélération. Le but n’est pas écolo à proprement parler, on ne va pas utiliser moins de carburant, mais améliorer les performances sans augmenter la consommation. Et du moment que les performances augmentent, qui s’en plaindra ?
Mon ange me murmure même que pour un passionné de pilotage et de course auto, le plaisir vient de la confrontation avec les autres pilotes, que ce soit au volant de la dernière supercar, d’un karting de location ou d’une voiture sans permis, qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ! Il n’a peut-être pas tout à fait tort…
Il me dit aussi que même si l’hybride ne nous permet pas de nous passer complètement des énergies fossiles, il nous force à travailler sur des solutions de transmission particulièrement évoluées. Imaginez : combiner un moteur électrique et un moteur thermique sur la même chaîne cinématique ! Et même sans carburant fossile, nous pouvons imaginer réutiliser par la suite : pourquoi pas une hybride électrique / hydrogène, par exemple ?
Mon ange arrive presque à tomber d’accord avec mon démon sur un ultime argument : si le sport auto est si souvent attaqué par les militants écologistes, c’est parce qu’il est vu comme un plaisir égoïste qui consiste à gaspiller une certaine quantité de ressources naturelles finies dans le seul but de tourner en rond et de savoir qui est le plus rapide. Mais mon sport, notre sport, sait aussi être un fantastique moteur d’innovation pour toute l’industrie automobile, tant sur le plan de la sécurité que sur celui des performances… ou de l’écologie. Laissons alors notre sport explorer de nouvelles voies, encourageons-le et soutenons les évolutions techniques qu’il peut apporter, elles sont notre caution, la justification de l’existence pour le plus longtemps possible du Sport Automobile ! Sur ce je vous laisse, ma E30 m’attend…

7 Réponses

  1. Speed

    Joli sujet, « polémique » si il en est. Les thèmes de réflexion sont intéressants mais peut être pas assez fouillée selon moi (cela dit on peut traiter des sujets pendant la longueur d’une encyclopédie).
    Pour moi, le principale problème de ces systèmes sur des voitures de « série » (sportives ou non) c’est aussi la complexité d’intervention mécanique et la « fiabilité » dans le temps!!!

  2. michel

    c’est surtout , et avant tout financier pour un constructeur .
    pour le reste c’est toujours un bon point que de pouvoir se passer quelques kilomètres durant !!!!! du pétrole arabe ! nos chers amis .
    la fiabilité ( la durabilité ) il est vrai reste tout de même liée au temps qui passe et du coût des interventions hors garantie

  3. VuTuan

    Excellent choix que la 318iS E30!!! J’ai adoré cette voiture! Pour en revenir au sujet, je pense que l’hybridation pétrole/électrique n’est qu’une étape vers d’autres moyens de génération d’énergie.
    Et actuellement, l’hybridation est surtout encouragée (quoique…) par les lois sur les rejets (normes Euro6), en attendant l’avènement d’autres technologies.

  4. Rallyefan

    Comme dit dans le sujet, je suis pour l’hybridation en sport auto car il permettra de fiabiliser et de rendre plus performante l’hybridation comme aux 24 h du Mans par exemple avec les R18 e-tron quattro et TS030 C’est comme au temps des premiers turbos qui avaient un temps de réponse très long et rendaient les voitures violentes à conduire Aujourd’hui on en trouve de partout et surtout sur les Diesels sans temps de réponse et utilisables si on n’est pas pilote et ce grâce aux F1 turbos, aux Groupe C d’endurance ou aux WRC avec des ingénieurs qui ont dompté la technique pour pouvoir être toujours plus performants
    Pour l’hybride ce sera le même cas avec des moteurs plus performants avec une meilleure autonomie et mieux synchronisés avec le moteur thermique

  5. gml

    « pourquoi pas une hybride électrique / hydrogène, par exemple ? »

    Ça serait quoi l’intérêt ? L’hydrogène (pile à combustible ou explosion) est déjà plus « vert » que l’électrique batterie. Je ne vois pas bien le gain…

    • Rodolphe Prigent

      Dans le cas d’une pile à combustible, elle alimente de toute manière un moteur électrique, mais un moteur à hydrogène à explosion pourrait être complété par un système électrique, pas pour ses qualités écologiques, mais parce qu’il serait plus silencieux, ou permettrait des utilisations pour des véhicules très spécifiques (combiner des capacités routières et une évolution à extrêmement basse vitesse ou une accélération instantanée par exemple).

      L’exemple choisi n’était sans doute pas le meilleur, l’idée était que mettre au point une méthode de synchronisation de deux forces motrices différentes permet d’ouvrir le champ des possibles pour l’utilisation de nouvelles sources d’énergie.

      • gml

        Oui à ce niveau le moteur électrique peut aider à monter dans les tours au démarrage, par exemple. Mais ça aura un prix conséquent :)

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