Je soupçonne certains activistes anti-vitesse d’avoir eu un instant de jouissance perverse en voyant les chiffres de la mortalité routière de janvier 2011 (+ 21,2 % de décès par rapport à janvier 2010, soit 331 personnes qui ont perdu la vie). Ces intégristes du tout répressif ne se remettent toujours pas du très léger assouplissement des sanctions qui vient d’être entériné dans le très contestable paquet législatif Loppsi 2. Aussi ont-ils saisi l’occasion d’une hausse de la mortalité routière pour monter au créneau et hurler que malheureusement, ils avaient raison, qu’il faut taper toujours plus fort sur ce satané automobiliste qui ne pense qu’à se tuer, lui et ses semblables si possible.
Les arguments avancés par Mme Chantal Perrichon, vitupérante présidente de la Ligue contre la Violence Routière et M. Claude Got, spécialiste autoproclamé de la sécurité routière, ne tiennent cependant pas un seul instant la route.
Comment en effet expliquer qu’un texte adopté début février ait des effets sur le comportement des automobilistes en janvier ? Pourquoi ne voir en Loppsi 2 qu’une purulente trace de laxisme alors qu’au contraire, cet amalgamme législatif valide le principe des radars-tronçon, qui vont sanctionner sur la base de la vitesse moyenne ? C’est bien le signe d’une vision pour le moins partiale des choses.
D’ailleurs, le site gouvernemental de la sécurité routière se montre bien plus mesuré dans ses commentaires, je cite : ‘
Le mois de janvier 2011, clément en terme de météorologie, est comparé ici à celui de janvier 2010 où la sécurité routière avait bénéficié d’un temps exceptionnellement hivernal. Ceci explique au moins en partie ces résultats décevants de janvier 2011.’ Vous pouvez télécharger le bilan provisoire ici : http://www.securite-routiere.equipement.gouv.fr/IMG/pdf/Barom_janv2011_date10fev_cle563227.pdf.
Attendons donc de voir si ce mauvais chiffre se confirme. En attendant, la mortalité routière repasse la barre des 4 000 sur 12 mois glissants, ce qui rend d’autant plus savoureuse la séance d’autosatisfaction de l’invraisemblable M.Hortefeux, qui se réjouissait le 3 janvier que le nombre de décès routiers sur 2010 soit inférieur à 4 000 (en oubliant naturellement de préciser qu’il faut tenir compte des morts survenant jusqu’à un mois après l’accident…). Celui-ci a dû avaler sa cravate en découvrant les chiffres de janvier, puisqu’il s’est aussitôt précipité au péage de Saint-Arnoult (en respectant les limites de vitesse ?) pour annoncer l’arrivée de 1 000 radars supplémentaires. Ben voyons !
Certains comtés anglais ont désactivé leurs radars voici plus de 6 mois et cela n’a eu strictement aucune influence ni sur les accidents ni sur la mortalité. Fait intéressant à suivre je pense.
En tout cas, le Gouvernement ne sait plus quoi faire pour atteindre son objectif électoral, pardon, souhaitable de moins de 4 000 morts par an d’ici à 2012. Les radars-tronçon ne serviront à rien de ce point de vue puisque la première cause d’accidents sur autoroute n’est autre que la somnolence (du reste, ‘seulement’ 225 personnes on trouvé la mort sur ce type de voie en 2009…), et la floraison des cabines, on le sait maintenant, est et a toujours été inefficace.
Alors que faire ? Compter sur les constructeurs pour bonifier la sécurité passive des voitures, améliorer le réseau routier, ce qui sera très dur vu les manques de financement, améliorer la formation et peut-être, responsabiliser les automobilistes autrement qu’en leur tapant dessus ou en les culpabilisant.
A ce sujet, l’état américain du Montana avait adopté entre 1995 et 1999 une loi laissant à chacun le soin d’estimer ce que devait être la vitesse la plus appropriée, donc, en clair, pas de limite imposée de jour. L’idée ? Fluidifier le trafic pour limiter les situations de conflits accidentogènes. Résultat, on a vu une augmentation du port de la ceinture, de l’usage du clignotant ainsi que des rétroviseurs, un plus grand respect entre usagers et donc, une baisse de la mortalité, et ce, malgré l’apparition d’un tourisme de la vitesse. Le paradoxe est le suivant : c’est en supprimant les limitations de vitesse qu’on a obtenu le résultat espéré avec leur instauration.
En 2000, suite à une décision de la Cour Suprême qui a jugé la loi anticonstitutionnelle, la limite de 75 mph est remise en place. La mortalité repart à la hausse (143 morts contre 101…).
Evidemment, les conditions de circulation ainsi que les mentalités diffèrent franchement entre la France et un état peu peuplé comme le Montana, donc on ne peut pas transposer cette expérience, mais elle demeure très intéressante.
Plus de renseignements ici : http://www.hwysafety.com/hwy_montana_2001.htm

