Vous qui rêvez de jet-set et de paillettes, qui lorgnez sur le monde du luxe sans pouvoir y entrer, je vous conseille une petite visite au salon Top Marques de Monaco (ou plutôt une longue, vu que le billet d’entrée coûte 50 €), qui se tient jusqu’au dimanche 19 avril, pour récupérer un semblant de lucidité.
Au sein d’un écrin de béton (le Grimaldi Forum) ornant une ville où le mauvais goût vestimentaire le dispute à la laideur d’immeubles dont l’installation dans une banlieue défavorisée provoquerait une guerre civile se trouvent réunies quelques-unes des voitures neuves les plus rares actuellement en vente. Les plus belles ? Voire. En effet, de la même manière qu’un prolétaire discret et de bon goût pourra s’étonner, voire rire de l’étalage de luxe bling-bling d’une principauté comptant autant de policiers que de milliardaires (et plus encore de caméras), la monstruosité de certains véhicules exposés – et hors de prix – ne manque pas de fasciner. Dès le parvis, le ton est donné avec une barquette Veritas faisant de l’œil à une maquette de Jet privé sans ailes.
Le premier choc visuel est infligé par un engin venu de Lituanie, aperçu en contrebas, là où on peut aller essayer le bolide étrange qu’on souhaite s’offrir. Basée sur une Mercedes CL, l’AG Excalibur renvoie dans les cordes le plus grotesque des rêves de tuner fou. Tronquée et tourmentée, la carrosserie, affublée d’une calandre façon Maybach Excellero, repose sur des jantes insensées de disproportion : 22 pouces à l’avant et, tenez-vous bien, 30 pouces à l’arrière. Argentées, elles arborent une partie centrale tournant indépendamment de la roue, qui poursuit son mouvement giratoire même à l’arrêt. Dans l’habitacle tendu de cuir beige perforé d’une myriade de boutons noirs, on découvre, en guise de levier de vitesses, deux espèces de coupes de champagne en argent. Pas possible, ils ont inventé la supercar de Oui-oui !

La stupeur se poursuit avec l’invraisemblable 4×4 blindé russe Dartz Prombron Red Diamond, sorte de Hummer de luxe, qui avait défrayé la chronique car son fabriquant avait affirmé que son habitacle se tendait de cuir de pénis de baleine…

Alors que se cache par devers lui une Mercedes SLR violette, je regagne le centre salon, heureusement pas plus grand qu’un stand Renault au Mondial de Paris, en passant devant une Porsche Panamera revêtue de fibre de carbone par Topcar, un autre Russe, et en évitant de justesse l’attaque mammo-siliconée d’une quinquagénaire surmaquillée.
Là trônent deux Audi passablement défigurées, une Q7 d’un bleu mat rappelant les Schtroumpfs ainsi qu’une R8 surchargée, préparées par PPI, un spécialiste allemand.
Déconcerté, je me retourne et abime ma rétine sur les aspérités grotesques de l’Ayrton S de l’Italien Tirrito, une voiture aux allures d’avion furtif en Lego développant la bagatelle de 627 ch.
Je gagne l’autre bord de ce hall délirant, pour me retrouver devant l’indéfinissable véhicule roulant ( ?) d’Hachtung Helmet, développant de 150 à 1 500 ch, ce qui fait de cet SUV aussi séduisant qu’une casserole en aluminium ‘probablement l’une des voitures les plus puissantes du monde’. Exposée il y a deux ans déjà, cette triplace vue également au salon de Genève, revient, dans l’espoir de se faire acheter par quelque millionnaire désœuvré cherchant le moyen le plus ridicule de dépenser beaucoup d’argent.
N’oublions pas quelques préparateurs aux noms improbables, exposant qui une 911 aux portes papillon (Exclusive Design by Anna Bizer), qui une camionnette Chevrolet hyper luxueuse dont le logo singe Cadillac (Depp-AT), qui une Fiat 500 de 260 ch facturée 70 000 € (RomeoFerraris).
Une exposition d’automobiles toutes plus comiques (involontairement) les unes que les autres ? Pas tout à fait. Tesla, Fisker, Brabus, Ferrari, Lamborghini, Rolls-Royce, Porsche, Audi, Pagani, Marussia, Ruf et Wiesmann notamment avaient fait le détour, avec d’autres passionnés exhibant des créations intéressantes (Atomik, Carface, HTT ou encore GTA Motors). Mais cela fera l’objet d’un autre article.

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