Est-ce la fin du fabuleux V8 6.2 atmosphérique des C, E, SL, CL, CLS, SLS et S63 AMG ? Le préparateur officiel de Mercedes présente en effet un nouveau V8 5.5 (5 461 cm3 exactement, comme sur la S500), cette fois doté de deux turbos, et dénommé M157. Le but ? Réduire la consommation de carburant afin de se conformer aux futures règlementations européennes. A ce sujet limiter la cylindrée est intéressant, d’autant qu’à 220 kg, ce moteur M157 ne pèse que 20 kg de plus que le M156 6.2 malgré tout l’attirail lié à la suralimentation.


Puissance

Elle augmente et passe, dans le cas de la S63, la première à recevoir ce nouveau bloc, de 525 à 544 ch, voire 571 avec le ‘Pack Performance’ (à 5 500 tr/min). Le couple croît également puisqu’il atteint 800 Nm dès 2 000 tr/min (contre 630 à 5 200 tr/min auparavant), et même 900 Nm avec l’AMG Performance Package. En outre, on profite de 670 Nm dès 1 500 tr/min.

Performances

Les chronos n’évoluent que très légèrement (4,4 sec pour le 0 à 100 km/h contre 4,5 avec le 6.2), et la vitesse de pointe reste limitée électroniquement à 250 km/h. Le pack précédemment cité permet de relever ce plafond à 300 km/h, et sans bride, la S63 AMG passerait très certainement les 320 km/h.

Consommation/pollution

La consommation baisse très sensiblement puisqu’elle s’établit désormais à 10,5 l/100 km en moyenne contre 14,5 l avec le moteur atmo. Jolie baisse ! Sauf qu’évidemment, il s’agit de chiffres normalisés, très peu représentatifs de la réalité. On peut certes postuler que le nouveau moteur limitera les besoins en carburant, mais il ne faut pas oublier que les blocs suralimentés voient leur consommation exploser dès qu’on les sollicite de façon quelque peu virile, bien plus que leurs homologues à aspiration naturelle.
Il n’en demeure pas moins que si la consommation chute de 25 %, les émissions de CO2 s’effondrent de 28,5 %, pour s’établir à 246 g/km contre 347 auparavant.

Technologie

Naturellement, on n’attribuera pas la moindre demande en combustible à la seule présence des deux turbos, par ailleurs dotés d’échangeurs air/eau. Le V8 5.5 tout alliage s’accompagne d’un dispositif ‘Stop and Start’ (c’est la grande mode), d’une injection directe (100 à 200 bars de pression) comportant des injecteurs piézo-électriques, d’un alternateur et d’une pompe à huile pilotés, ajustant leurs débits à la demande. Par exemple, l’alternateur recharge la batterie au freinage et se coupe en accélération.Le nouveau V8 s’attèle à la remarquable boîte MCT 7-Speed, une transmission automatique mais dont le convertisseur hydraulique est remplacé par un double embrayage.

Fabrication

Evo a visité l’usine d’Affalterbach, près de Stuttgart, où sont montés ces moteurs AMG. Si rien n’est fondu ou usiné sur place (les blocs-moteurs proviennent de chez Mercedes), les mécaniques sont assemblées avec un soin infini, alliant la dextérité humaine (un mécanicien pour un moteur) sous le contrôle de l’électronique. Chaque pièce est scannée avant montage, de sorte qu’aucune erreur n’est possible et la traçabilité totale. Chaque moteur est ensuite mis sous pression afin de traquer la moindre micro-fuite dans la culasse, la chambre de combustion, voire le système d’injection directe (avec de l’hélium). Les contrôles de qualité sont permanents tout au long de la fabrication, durant laquelle pas moins de 150 photos sont prises.
Après 3 heures d’un montage rigoureux, chaque ouvrier signe son moteur, dans une usine où l’on se préoccupe plus de soin que de cadences : il y règne un calme étonnant. Les moteurs sont ensuite longuement rodés sur banc, de manière à arriver prêts à l’emploi en concession

Le retour du Red Pig

Pour lancer son nouveau moteur, AMG l’a installé dans une S63 rouge, bardée de stickers, totalement dénudée et préparée pour le circuit, en hommage à la Red Pig (cochon rouge) de 1971. A l’époque, cette 300 SEL 6.3 avait vu sa cylindrée portée à 6.8 par AMG (pour une puissance de 428 ch). Engagée aux 24 H de Spa, elle a terminé la course 2ème au général, et 1ère dans sa catégorie. Nous avons vu ce monstre incongru qu’est la S63 Red Pig débarquer dans le hall du bâtiment où officient les designers : elle émet un bruit mélodieux, agressif et suggestif, laissant deviner que la fabuleuse sonorité du V8 6.3 connaîtra une digne descendance. La banquette arrière laisse la place à un arceau-cage, mais ses commandes de réglages électriques subsistent sur les accoudoirs : signes d’une conception précipitée de la Red Pig Ce show-car (cette S63 bariolée ne sera pas vendue) repose sur des pneus impressionnants de 275/35 R20 à l’avant et 325/30 R250 à l’arrière, abrités par des ailes élargies de 4,5 cm à l’avant. Sacré bestiau. Le downsizing touche les supercars, et ce nouveau moteur AMG n’est que le début d’une déferlante qui concernera également Ferrari. Cela dit, les spécialistes s’étonneront de cette rapide volte-face d’AMG, dont le V8 6.2 remplaçait un bloc 5.5 déjà suralimenté, mais par compresseur…

En tout cas, le V8 M157 n’entraîne pas la disparition immédiate du V8 M156, monté dans de très nombreuses voitures, dont la SLS. Mais d’ici quelques années, le bloc atmosphérique tirera sa révérence. Snif.

S.S.

 

 

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