Fer de lance du renouveau de Maserati (15 400 ventes en 2013, soit une hausse de 150 %) , la Ghibli est aussi la première de la marque à s’équiper d’un diesel, en l’occurrence un V6 3.0 d’origine VM. Inutile de pousser des cris d’orfraie, d’autres constructeurs de luxe, comme Jaguar, ont aussi des modèles mazoutés mais ce moteur est-il digne du Trident ?

 

 

Technique

Ghibli Diesel moteur

Comme le suggèrent ses lignes tracées par l’équipe de designers internes dirigés par Laurenzo Ramaciotti, la Ghibli est en fait une petite Quattroporte. Comme elle, elle arbore une architecture moteur avant/propulsion (mixant acier et aluminium pour la partie avant) empruntant quelques éléments à la Chrysler 300C, qui donne aussi sa structure électronique ainsi que nombre d’éléments électriques, comme par exemple les moteurs de sièges. Pas de quoi hurler, il ne s’agit que de saine gestion.

Sous le capot, le V6 common-rail est une vieille connaissance puisqu’il dérive de celui déjà monté dans le Jeep Grand Cherokee. Conçu par VM Motori (qui s’est fait connaître en fournissant des blocs à Alfa Romeo, Rover, Ford, Daewoo et même… Chrysler) il a été retravaillé. Nanti d’un turbo à géométrie variable, il développe 275 ch à 4 000 tr/min, pour un couple de 600 Nm à 2 000 tr/min, soit des valeurs tout à fait compétitives pour un 3.0 à simple turbo (mais 4 arbres à cames et 24 soupapes tout de même) même s’il n’est pas question d’aller chatouiller une BMW 535d forte de 313 ch. Comme cette dernière, la Ghibli  reçoit une boîte auto ZF à 8 rapports.

Malgré un poids de 1 835 kg (répartis également entre l’avant et l’arrière), la consommation moyenne normalisée s’établit à 5,9 l/100 km, soit 158 g/km de CO2, là encore, c’est compétitif, même si on doit composer avec un stop and start.

Pour sa part, la suspension fait preuve d’une certaine sophistication, avec à l’avant des doubles triangles et à l’arrière un essieu multibras. En option, on trouve les amortisseurs actifs Skyhook.

Bref, un ensemble très sainement conçu.

 

Au volant

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Surprise, le dessin tableau de bord séduit plus que dans la Quattroporte selon moi grâce à un dessin évoquant plus l’opulence. En outre, notre modèle d’essai profite du cuir étendu, qui recouvre donc le tableau. C’est très agréable à l’œil comme au toucher, et ne sert en aucun cas de cache-misère car les plastiques employés par ailleurs sont de belle qualité, alors que l’assemblage ne souffre pas la critique. Vraiment impressionnant de la part de Maserati qui se hisse au niveau des premiums allemands, Audi conservant un léger avantage par ses ajustements millimétriques.

Grâce aux réglages étendus du siège très confortable, je trouve une position de conduite idéale et lance le moteur grâce au bouton de démarrage. ‘C’est un dieseeel ?’ demandait Coluche dans son sketch. La réponse est sans ambages oui, vu le manque étonnant de filtrage des vibrations à froid… Même une Peugeot 308 fait mieux. En elle-même, la sonorité, plutôt riche et complexe, n’est pas désagréable mais le volume de décibels jure avec le luxe de l’habitacle. Je place le petit – et très peu pratique – levier de vitesses sur ‘D’ et c’est parti. A mesure que le V6 monte en température, il se fait plus discret et en ville, la Ghibli séduit par sa douceur générale, sièges, suspension et direction. Du moins, tant que le stop and start n’entre pas en action, car le bloc engendre des secousses désagréables quand il se coupe puis se réveille. Cela dit, ce n’est pas forcément mieux chez les concurrents.

Ghibli Diesel route

Sur route, le confort demeure et pour autant, on ne se sent pas isolé de ce que fait la voiture. Précise, la direction – à assistance hydraulique et non électrique – communique suffisamment et les trains roulants, d’une grande rigueur, offrent à la Ghibli un excellent comportement routier. D’un bel équilibre, légèrement sous-vireur à la limite, le châssis se prête à une conduite relativement sportive – une fois qu’on aura sélectionné le mode ‘Sport’ qui aiguise l’accélérateur tout en affermissant les amortisseurs comme la direction –, d’autant que le train avant permet de bien placer la voiture en virage. Grâce au différentiel à glissement limité de série, on profite d’une bonne motricité en sortie, et on peut même s’amuser à faire survirer la Ghibli à l’accélérateur. Si on augmente trop la cadence, le poids se rappelle à notre bon souvenir : le train avant se fait un peu lourd et les mouvements de caisse s’amplifient. La Ghibli Diesel n’est pas un scalpel et de toute façon, elle n’est pas conçue pour ça.

Ghibli Diesel arriere

Par ailleurs, le confort fait un peu les frais de cet affermissement général et surtout, le moteur n’a aucune velléité sportive. Même s’il sonne un peu comme un V8 en mode ‘Sport’, il n’aime pas spécialement dépasser les 4 000 tr/min et surtout ne prodigue pas des performances décoiffantes. Attention, ce n’est en aucun cas un poumon (les 600 Nm garantissent de très belles reprises) mais j’attendais un peu plus de punch et de caractère. Maserati annonce un 0 à 100 km/h en 6,3 sec, c’est plausible mais il manque quelque chose. Enfin, si on peut commander la boîte (remarquable de douceur et de réactivité) avec les palettes, il n’y a pas de vrai mode manuel, le rapport supérieur s’enclenchant de toute façon quand on aborde la zone rouge (4 500 tr/min). A quoi bon faire sonner ce V6 comme un V8 en mode ‘Sport’, si d’une part ça ne s’entend que de l’extérieur et d’autre part ne se traduit pas par un vrai surcroît de vigueur ?

maserati-ghibli-compteurs

En réalité, la Ghibli Diesel est avant tout une dévoreuse d’autoroute. Elle y régale par son confort, son silence à vitesse stabilisée et sa tenue de cap. On sélectionne le programme ‘ICE’ destiné à abaisser la consommation (avec un système de roue libre au lever de pied par exemple) et on laisse aller. On goûte dès lors à une ambiance à bord nettement plus classe que chez la concurrence, et ensuite, on se réjouit de ne consommer que 8,2 l/100 km en moyenne selon l’ordinateur de bord.  Certes, les mouvements de caisse s’amplifient mais ça ne gêne pas si on roule tranquillement. Le GPS à écran tactile se montre facile d’utilisation, la hifi (optionnelle) propose une belle sonorité et partout où on pose les doigts, on trouve des matériaux agréables au toucher. Enfin, si l’habitabilité reste moyenne, le coffre présente une belle contenance (500 litres). Bref, voici la familiale rêvée pour un cadre supérieur avant tout soucieux d’élégance et de distinction.

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Face à la concurrence

A 66 750 €, la Ghibli Diesel est la moins chère de la gamme Maserati. Seulement, elle coûte 11 000 € de plus qu’une Mercedes E350 Bluetec, presque aussi performante, ou qu’une BMW 530d (plus vigoureuse), 3 000 € de plus qu’une Jaguar XF 3.0 D, 13 000 € de plus qu’une Audi A6 3.0 TDI 245 (qui accélère plus fort). C’est embêtant car elle ne les surpasse pas par ses prestations ni n’offre un équipement pléthorique : GPS, feux au xénon, palettes au volant, sièges électriques, hifi ou encore tapis de sol restent en option. Une politique tarifaire étonnante, car au Royaume-Uni, l’écart tarifaire entre la Ghibli et ses rivales (Jaguar exceptée) s’avère bien plus réduit… Normal que la Diesel ne représente ‘que’ 60 % du mix des ventes de Ghibli en France.

 

Pour le reste

A terme, la Ghibli devrait être la plus produite de la gamme Maserati, à égalité avec le SUV Levante attendu en 2015. Cela représente environ 20 000 exemplaires annuels pour chaque modèle. Une Ghibli V8 biturbo serait en préparation. 2 900 Ghibli ont été écoulées dans le monde entre octobre et décembre 2013, tandis qu’à la fin 2014, on comptera 16 points de vente Maserati en France.

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Essai Maserati Ghibli Diesel, le prix de l'économie...
Moteur : V6, 2 987 cm3, turbo-diesel CO2 : 158 g/km Puissance : 275 ch à 4 000 tr/min Couple : 600 Nm à 2 000 tr/min Vitesse maxi : 250 km/h (limitée) 0 à 100 km/h : 6,3 sec (constructeur) Prix de base : 66 750 € En vente : Maintenant
MOTEUR70%
COMPORTEMENT80%
QUALITE & DESIGN85%
CONFORT & PRATIQUE85%
EMOTION65%
Les +
  • Châssis rigoureux
  • Présentation/finition
  • Consommation
Les -
  • Manque de punch
  • Insonorisation perfectible
  • Prix élevé
77%Note Finale
Note des lecteurs: (60 Votes)
50%

8 Réponses

  1. Lean management

    En réalité, la ligne de la Maserati est impressionnante. Rien à voir avec les allemandes pour le coup. Et question exclusivité/rareté évidemment pas non plus. Bravo à cette marque et aux conducteurs qui en font le choix.

  2. Stéphane Schlesinger

    Effectivement, mon doigt a fourché : c’est la 535d qui développe 313 ch. Bref, il y a de la place pour une Ghibli S Diesel de plus de 300 ch…

  3. Mathieu

    Avec cette Ghibli, on retrouve un peu l’esprit de l’Alfa 156 des années 2000 par rapport à la concurrence allemande.

    L’italienne joue de ses lignes et offre une conduite un peu différente, on sent que vous prenez plaisir à découvrir qu’on peut faire autre chose que de « l’allemande bien conçu sous tous rapports ». Malheureusement son prix ne vient pas compenser ses défauts.. les acheteurs viendront vraiment pour ses qualités, une vrai italienne ! :)

  4. eric

    De toute façon avec la règlementation routière qu’elle ait 275 ch, 350 ou 200 c’est largement suffisant pour perdre tout les points!!!
    de plus, elle n’est en rien comparable à une BMW ou une Audi etc… Si on choisit ce type d’auto c’est pour l’exclusivité qu’elle procure et sa ligne. Moi elle me plait… si quelqu’un veut me l’offrir, je lui serais une place dans mon garage !

  5. Speed

    Trop c’est trop, la goutte d’eau qui fait déborder l’océan. Fiat va tuer à Maserati, marque centenaire, avec cette politique. Entre cette « chose » présentée plus haut et leur stand du salon de Genève, on à un bon aperçu du futur de la firme au Trident , et ce n’est pas la joie!!!

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