Maserati Ghibli ! Voici certainement l’une des plus belles appellations de l’histoire automobile. Apparue en 1966 pour désigner un grand coupé, elle est reprise depuis deux ans par une berline grâce à laquelle la production du constructeur de Modène a plus que doublé (36 000 exemplaires en 2014 contre 15 500 en 2013). La force du nom ? Prenons le volant d’une V6 330 ch essence, qui vient de passer aux normes Euro VI, pour en juger.

Technique

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Grosso modo une Quattroporte raccourcie, la Ghibli ne se dote que de moteurs V6 biturbo, un diesel et un essence, auquel cas il provient de chez Ferrari (VM Motori s’occupant du mazout) et tous affichent une cylindrée de 3,0 litres. Sur la version de cet essai, le bloc développe 330 ch au régime modéré de 5 000 tr/min, pour un couple maxi de 500 Nm disponible dès 1 750 tr/min, une version 410 ch ne se différenciant guère que par la pression de suralimentation et la cartographie étant également disponible. Injection directe, déphaseurs d’arbres à cames, stop and start, il profite de tous les raffinements modernes, utiles et moins utiles. Surtout, il s’attèle à l’excellente boîte ZF 8HP45 comptant 8 rapports, certainement la meilleure transmission automatique du moment.

Il avale en moyenne 9,6 l/100 km, soit 223 g/km de CO2, selon le cycle normalisé dont on sait qu’il ne reflète absolument pas l’utilisation réelle… Des valeurs en tout cas plus élevées que la moyenne du segment qui valent à la Ghibli un malus de 8 000 €. Il faut dire aussi que la belle est longue (4,97 m) et lourde (1 710 kg à sec, 1 810 kg en ordre de marche). En tout cas, elle est capable de 263 km/h au maxi et passe de 0 à 100 km/h en 5,6 sec.

Pour bien tenir la route, la Ghibli s’en remet à l’avant des jambes McPherson agrémentées d’une double triangulation, et à l’arrière à un essieu multibras, l’amortissement actif Skyhook étant de série. A noter que la direction conserve une assistance hydraulique.

Au volant

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C’est à Reims, aux Crayères, que nous prenons le volant de la Ghibli qui, par sa belle livrée rouge sombre, tente de faire oublier la pluie. Y a pas à dire, sa robe tout en puissance s’avère par son mélange de galbes, d’arêtes et son museau agressif profite d’une présence assez étonnante. Le design de l’habitacle s’avère un peu moins typé mais l’ambiance à bord est tout de même très agréable. La Ghibli reçoit de beaux matériaux et jouit d’un assemblage très convenable mais pas référent. La déception provient initialement des sièges, un peu fermes et ne comportant que peu de réglages (impossible par exemple d’ajuster la longueur d’assise ou l’écartement des renforts latéraux). En outre, leur motorisation est une option à 1 210 €…  Néanmoins, je trouve une excellente position de conduite. Contact. Le V6 s’éveille dans une sonorité rauque très suggestive mais pas envahissante : à elle seule, elle différencie la Maserati de ses concurrentes.

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Levier (peu ergonomique) sur D, nous quittons le domaine de ce très bel hôtel, et évoluons en ville. La Ghibli se montre très docile, progressive, douce et confortable. Mais avec la chaussée mouillée, il convient d’agir avec respect sur la pédale d’accélérateur : il suffit de tourner à gauche en mettant un peu de gaz juste après un stop pour générer un survirage que personnellement je juge très amusant mais que d’autres trouveront surprenant.

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Point d’excès sur autoroute vu la météo. En tout cas, la Ghibli apparaît très rassurante, toujours confortable et avec le feulement du V6 qui pénètre juste ce qu’il faut dans l’habitacle, l’atmosphère est vraiment hors du commun. Là encore, on évite d’accélérer brutalement, ce qui engendre un mouvement de la poupe rapidement jugulé par l’ESP. La direction communique plutôt mieux que sur les BMW Série 5, Mercedes Classe E et surtout Audi A6 même si elle aurait mérité un centrage plus fort. La boîte change de rapport au moment où on le pense, c’en est presque télépathique, mais la Ghibli manque d’équipements technologiques à la mode, comme l’affichage tête haute, tandis que l’avertisseur d’angle mort est une option à 706 €…

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Nous quittons l’autoroute pour entamer un long parcours qui nous mènera vers l’ancien circuit de Gueux. Je place la boîte en mode manuel et utilise les belles palettes en aluminium montées derrière le volant (supplément de 302 €). La réactivité est totale et jamais l’unité ZF ne se départit ni de la vélocité ni de sa douceur. En tirant de façon continue la palette de droite, la boîte descend automatiquement tous les rapports tandis que dans le mouvement inverse, elle ne passe pas la vitesse supérieure quand on touche le rupteur : du tout bon.

Le soleil revenant, la route sèche et je sollicite vraiment le moteur. Celui-ci, très vigoureux, évite cela dit toute forme de brutalité. Il emmène puissamment la voiture dans un feulement très flatteur mais « rupte » à 6 500 tr/min. Son truc, c’est plus le muscle élégant que la rage hystérique : cette voiture est une GT au long cours et non une sportive.

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Notre Ghibli se chausse de Pirelli P Zero en 245/40 par 20 à l’avant et 285/35 par 20 à l’arrière. De série, elle est 18 pouces.

 

Le confort de suspension, étonnant même avec les amortisseurs en Sport, est toujours évident et confirme cet état de fait, d’autant que ce mode (assez peu différencié du programme normal) n’empêche pas quelques mouvements de caisse quand on roule très vite sur un asphalte rugueux. Précise et consistante, la direction permet de placer l’auto comme on veut en virage, où elle profite d’une belle adhérence. Le guidage des trains apparaît remarquable mais peut-être l’auto mériterait-elle des attaches de suspension un peu plus rigides.

ESP débranché, sur le sec, la Ghibli conserve toutes ses qualités et accepte de survirer si on la provoque à l’accélérateur. Le différentiel à glissement limité (de série, lui) rend la manœuvre très progressive. Bref, voici un châssis rigoureux, équilibré et toujours prévisible.

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Ainsi, la Maserati escamote incroyablement l’impression de vitesse, d’autant que les aspérités ne la perturbent pas. Elle surprend par sa sérénité et finalement, distille un agrément difficilement quantifiable. Ce mélange de puissance, de rigueur, de confort et de mélodie mécanique, le tout agrémenté d’une élégance presque palpable et de cuirs très doux, est assez singulier dans la production actuelle. C’est une ambiance très italienne par sa classe nonchalante, qui évite cela dit toute forme de mollesse. Les costumes de Luca di Montezemolo face à ceux de Dieter Zetsche si vous voyez ce que je veux dire. En ce sens, la Ghibli 330 ch est une auto très réussie, préférant au côté clinique des allemandes une chaleur très latine. Et ses petits défauts, comme le GPS qui commet des fautes de français (« veuillez rejoignez la route principale ») ajoutent à ce charme, en tout cas plus que la consommation qui tombe difficilement sous les 12 l/100 km en moyenne, à moins de ne rouler qu’en mode ICE sans jamais faire chanter le V6. Ce qui est un peu dommage…

Face à la concurrence

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Affichée à 70 400 €, la Maserati semble correctement placée. Mais elle pâtit d’un malus de 8 000 € (contre 2 200 à une Mercedes E400, 4 000 € à une BMW 535i et 6 500 € à une Jaguar XF 3.0 340 ch). De plus, nombre d’équipements demeurent optionnels, et souvent accessibles uniquement sous forme de packs, comme la navigation livrée avec les radars de stationnement (2 168 €). La facture monte très vite si on choisit de revêtir le tableau de bord de cuir, d’opter pour des peaux encore plus raffinées ou encore un ciel de toit en Alcantara. Une Audi A6 333 ch débute à 60 160 €, BMW 535i à 63 000 €, une Mercedes E400 à 66 250 €, une Jaguar XE 3.0 à 65 710 €. Si les allemandes sont livrées avec moins d’équipements que la Maserati, il en va différemment pour l’anglaise, richement dotée. Le cas apparaît difficile pour l’italienne, sauf qu’avec son élégance ravageuse, on pourrait plutôt la comparer aux Audi A7, BMW Série 6 Gran Coupé et Mercedes CLS. Et là, elle reprend de belles couleurs, ces rivales ne s’offrant pas à moins de 75 300 € malus compris (Mercedes CLS400) en finition de base. A sa décharge, la Ghibli est la seule avec la Jaguar à offrir une garantie 3 ans/kilométrage illimité.

Pour le reste

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On nous a affirmé, chez Maserati, qu’aucune Ghibli GTS n’était en préparation, contrairement à ce qu’on a pu voir sur internet. Intox ? L’avenir le dira. A l’inverse, il n’est pas non plus question de motorisations moins puissantes. En tout, 450 Ghibli environ devraient être immatriculées en France en 2015 (30 % de V6 essence), sur un total de 600 Maserati. Fait intéressant, elle réalise près de 95 % de conquête. Au niveau mondial, les ventes de la marque au trident devraient chuter un peu en 2015 (35 000 unités projetées contre 36 500 en 2014) en raison d’une part du fait que son premier marché, les USA, s’oriente de plus en plus vers des moteurs plus petits, et d’autre part, du retard pris par le SUV Levante (il sera présenté à Genève en 2016), même si l’Europe progresse (7 500 ventes prévues contre 7 000), France comprise (468 ventes en 2014). Avec le Levante, la production devrait s’élever, selon le constructeur, à 75 000 unités annuelles. Pour sa part, la Gran Turismo devrait perdurer jusqu’en 2018. Enfin, le réseau, passé à 20 distributeurs en 2015, va continuer à s’étoffer.

 

Essai Maserati Ghibli 330, rentrée de la classe
Moteur : V6, 2 979 cm3, biturbo, CO2 : 223 g/km, Puissance : 330 ch à 5 000 tr/min, Couple : 500 Nm à 1 750 tr/min, poids : 1 810 kg (5,48 kg/ch), Vitesse maxi : 263 km/h (constructeur), 0 à 100 km/h : 5,6 sec (constructeur) Prix de base : 70 400 € En vente : Maintenant
Moteur80%
Comportement80%
Qualité et design85%
Confort et pratique85%
Emotion75%
Les +
  • Châssis rigoureux
  • Moteur musical
  • Confort/agrément
Les -
  • Prix un peu élevé
  • Pas assez d'équipements technologiques
  • Sièges manquant de réglages
81%Note Finale
Note des lecteurs: (48 Votes)
74%

2 Réponses

  1. Yann Plusquellec

    Elle est superbe. Ce que j’apprécie particulièrement c’est qu’elle soit en quelque sorte un manifeste de la résistance à la « germano-mondialisation », au nivellement de l’esthétique et des canons automobiles sur ceux des sacro-saintes Allemandes. Je pense particulièrement à Jaguar, dont les berlines ont sacrifié leurs gènes en perdant tout ce caractère British qui faisait leur charme et leur personnalité. Cette Ghibli, elle, a su garder et mettre en valeur son tempérament latin exclusif, ce qui en fait une véritable voiture d’exception, là où les autres ne sont plus que des produits. Elle a peut être un peu plus de défauts (à voir…) mais de toute façon, c’est juste pour ça qu’on l’aime! Trop de rationnel tue l’émotion. Merci Mr Maserati!

  2. natlin

    maserati, rien que le nom donne des frissons, la ghibli est une petite quattroporte, ausssi legendaire, si je devais acheter une berline sportive, ce serait une maserati!

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