On m’aurait dit que Mesrine en pinçait secrètement pour les Schtroumpfs, ou que Rocco Siffredi utilisait un fourreau pénien pour cacher une sous-membrure nuisible à sa carrière, ça m’aurait fait la même chose. C’est avec une certaine perplexité que je referme le capot de la toute nouvelle BMW 528i F10 avant de me réinstaller au volant. Je n’ai pas lu la fiche technique avant de débuter cette prise en main, et au démarrage, j’ai douté un instant de la nature de cette voiture. C’est bien la 528, puisque c’est écrit derrière.
Mais je ne sais pas comment il en va pour vous, mais pour moi, cette appellation est synonyme de gros moteur, de 6-cylindres, de voiture virile pour mecs qui en ont dans le calbute… Mais la réalité n’est pas si simple.
La BMW 528i côté technique
Il est temps de l’avouer : les normes européennes ont eu raison du cœur de la 528i. A la place d’un majestueux 6-en-ligne trône un malingre 4-cylindres, perdu dans cette grande baie moteur. Sacrilège. Tristesse. Downsizing ! Ressaisissons-nous. Certes, il manque de quoi remplir deux fûts, mais ce bloc ne s’en avère pas inintéressant pour autant. Malgré la très faible cylindrée de 1 997 cm3, la puissance s’élève tout de même à 245 ch dès 5 000 tr/min, pour un couple de 350 Nm (1 250 tr/min), soit une valeur meilleure que celle du 3.0 (310 Nm) qui équipait jusqu’à présent la 528i (258 ch tout de même).
Comment ? Grâce à un turbo Twin-Scroll (ou à double entrée, pour les anglophobes), une injection directe, une distribution Valvetronic optimisée ainsi qu’un double Vanos (calage en continu des soupapes d’admission comme d’échappement).
Cette mécanique trop sophistiquée pour être honnête s’accouple à une boîte automatique ZF à 8 rapports, dans le cas de notre modèle, une commande manuelle (6 vitesses) restant disponible pour les immondes réactionnaires dont je fais partie.
Tout ça pour quoi ? Une vitesse maxi de 244 km/h et un 0 à 100 km/h expédié en 6,6 sec dans le cas du break automatique. Avec l’ancien bloc, on atteignait 246 km/h mais on patientait 0,3 sec de plus pour atteindre les 100 km/h.
Surtout, la consommation, avec cette même transmission ZF, chute de 7,6 l/100 km à 6,5 l/100 km.
OK, sur le papier, la nouvelle 528i semble avoir tout bon, mais une description technique ne saurait suffire, loin de là, à rendre compte de ce qu’on éprouve au volant d’une voiture.
A bord de la BMW 528i
Après une Série 5 E60 quelque peu décevante, du moins dans ses premières versions, en matière de finition, BMW a joliment redressé la barre avec cette F10. Matériaux, assemblages, tout frôle la perfection. De plus, le constructeur revient à ses fameuses planches de bord orientées vers le conducteur, pour notre plus grand plaisir, et simplifie son i-Drive.
L’ergonomie s’avère bien pensée, mieux en tout cas que chez Mercedes ou Audi,
même si le petit levier commandant la boîte automatique demande une certaine
accoutumance.
Comme souvent chez le bavarois, les sièges se révèlent parfaits. Moelleux juste comme il faut, ils profitent de nombreux réglages, dont la longueur d’assise, et autorisent ainsi un maintient parfait : un élément de confort crucial. En outre, l’amplitude des réglages permet de se concocter une position de conduite impeccable : même les grandes gigues comme moi éviteront de se rapiécer le cuir chevelu en dépit du toit ouvrant, qui avale pas mal d’espace pour un crâne gonflé de journaliste. Comme j’ai envie de dire du mal, je ressens une certaine frustration.

 

La BMW 528i sur la route
Une sensation qui s’envole à la première pression sur le bouton de démarrage situé à droite du volant. C’est un bruit étouffé mais
odieusement quelconque qui parvient à mes oreilles. Pas de miracle à attendre d’un 4-pattes, même signé BMW. Quand on a signé un chèque de près de 50 000 € dans un modèle à essence, on peut s’attendre à un minimum de sophistication auditive, non ? Sinon, autant opter pour un diesel, on économisera sur la facture de carburant. Il y a un clivage certain entre une telle banalité sonore et un habitacle aussi raffiné. Cela dit, les premiers tours de roue se signalent par une grande douceur. Docile et souple malgré son amputation, le moulin se voit secondé par une boîte automatique onctueuse mais pas paresseuse. En ville, on conduit dans une décontraction totale, d’autant que les râles émis par les 4 pistons (et non 6, je compte le répéter encore
plusieurs fois) se révèlent bien étouffés.
Sur route, cette mécanique dépourvue de toute forme de noblesse ne manque pas de tonus pour emmener les 1 725 kg de la belle teutonne. Développant ses 245 ch de 5 000 à 6 500 tr/min, elle se laisse cravacher avec une bonne volonté évidente, d’autant que la transmission à convertisseur hydraulique propose une vivacité appréciable, sans jamais se montrer brutale. Du coup, sur autoroute, allemande cela va sans dire, on accroche facilement les 255 km/h compteur, et sur route, on bénéficie de reprises ma foi fort enviables. Seulement, à haut régime, le moteur braille un peu et révèle une certaine rugosité, autant d’entailles à l’agrément de conduite. C’est dommage, car malgré les pneus pas vraiment sportifs (des 225/55 par 17), le comportement routier paraît presque allègre. Avantage du downsizing, le poids sur l’avant diminue, au bénéfice de la vivacité de la proue quand on s’inscrit en virage. Aussi la 528i profite-t-elle d’une certaine agilité, et réagit vivement au lever de pied en appui : elle survire, de façon tout à fait progressive et contrôlable si on a déconnecté l’ESP, ce qu’elle fera plus difficilement si on se contente de remettre fort les gaz en sortie de lacet. Dans les grandes courbes, elle se cale sur sa trajectoire et vire d’un bloc, et sa monte pneumatique à flancs hauts, si elle pénalise légèrement la précision, rend la direction joliment communicative. Bref, on s’amuse bien avec ce break familial, qui a en outre le bon goût de toujours rester extrêmement confortable. Pour leur part, et même s’ils doivent se contenter d’étriers flottants, les freins s’acquittent dignement de leur tâche même si la pédale se montre trop molle.

Le bilan
Si on s’en tient aux faits, la 528i apparaît comme une
voiture très difficile à prendre en défaut. Confortable, amusante en virage, très bien finie et performante, elle collectionne de façon insolente les bons points. Mais c’est une victime des normes de CO2 européennes : elle doit se contenter d’un 4-cylindres certes efficace mais à la sonorité désagréable en lieu et place d’un 6-cylindres aussi onctueux que mélodieux. Il faut avoir goûté à ce doux feulement qui est le seul bruit à pénétrer dans le cockpit d’une ‘vraie BMW’. Une ambiance, un caractère qui malheureusement risquent de disparaître : quand la pseudo écologie prime sur l’âme. De plus, quand on les sollicite, 245 ch restent 245 ch qu’il faut nourrir. Au terme de notre essai mené tambour plus que battant, la consommation moyenne s’est élevée à 23 l/100 km, ce qui démontre l’absurdité totale de certains règlements européens.
Côté tarif, la 528i Touring s’échange contre 48 850 € minimum, ce qui reste en-dessous des Audi A6 Avant 2.8 FSI Ambition Luxe (50 500 €), Mercedes E250 Bluetech break (54 900 €), toutes deux moins puissantes d’une quarantaine de chevaux mais mieux équipées. La BMW demande en effet une rallonge pour la clim automatique (480 €), la boîte automatique (2 500 €), la sellerie cuir (2 300 €), la connectivité
smartphone (150 €), les prises 12V additionnelles (50 €), le GPS (2 000 €) et ainsi de suite… A ce niveau, on serait presque tenté d’opter pour la 530d à 52 400 €, plus puissante (258 ch), plus forte en couple (560 Nm) et dotée, elle, d’un 6-cylindres. Sans même parler de la consommation…

S.S.

Essai BMW 528i : victime de la norme...
Caractéristiques Moteur : 4 cylindres en ligne, 1 997 cm3, turbo Puissance : 245 ch à 5 000 tr/min Couple : 350 Nm à 1 250 tr/min CO2 : 159 g/km Vitesse maxi : 244 km/h (constructeur) 0 à 100 km/h : 6,6 sec (constructeur) Prix de base : 48 850 € En vente : Maintenant
Moteur80%
Comportement80%
Qualité & Design80%
Confort & Pratique85%
Emotion70%
LES +
  • Moteur performant
  • Châssis amusant
  • Confort
LES -
  • Sonorité indigne d'un haut de gamme BMW
79%Note Finale
Note des lecteurs: (40 Votes)
47%

3 Réponses

  1. SixCevrai

    Les consos homologuées font rêver les petzouilles,
    servent d’excuses aux gestionnaires de flottes
    et permettent à Lambda d’acheter la BM que sa femme trouvait trop chère

  2. Mika

    Ah… downsizing quand tu nous tiens !

    C’est dommage pour la sonorité et noblesse du 6 cylindres

    C’est mieux pour la baisse de consommation et le rejet de CO2.

    Bientôt le 4 cylindres tri-turbo dans dans une BMW ? (à quand la mort du 6 cylindres snif…?)

    même Porsche a decidé de passer au 4 cylindres

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