Comme le dit elle-même la marque aux anneaux, la compétition coule dans ses veines. Si l’on s’en tient à l’époque actuelle, on en a confirmation. La R8 LMS a déjà engrangé plus de 100 victoires en tout juste deux ans d’existence. Le programme A5 DTM s’annonce alléchant. Et quand on en vient au chapitre de l’endurance, Audi à de quoi fanfaronner. Pour la seule saison 2011, elle compte une victoire aux 24 Heures de Spa – une première –, après une édition des 24 Heures du Mans proprement exceptionnelle. Deux crashs d’anthologie sans la moindre victime. L’auto rescapée croisant le damier en première position, à tout juste 13 secondes de sa plus redoutable adversaire. Michel Vaillant n’aurait pas rêvé mieux.

C’est dans ce contexte qu’Audi France a tenté cette année, et pour la première fois, d’offrir à ses clients du circuit routier l’expérience de la course. Trois épreuves de qualification auront été organisées (des courses de 3H au Mans Bugatti, au Castellet puis à Magny-Cours), proposant aux néophytes comme aux initiés de batailler sur piste, et pour de vrai. Et, des qualifications… Pour quoi donc ?

Non moins de 24 heures de course sur le Circuit Paul Ricard !

Evo était de la partie, associé au manufacturier Dunlop, fournisseur d’adhérence de la pistarde du jour ; une Audi A1 1.4 TFSI 185 ch. L’auto possède un habitacle dépouillé, un arceau-cage, des baquets course, un dispositif d’extinction centralisé, un système de freinage au refroidissement renforcé. Cela ne vous impressionne pas, et pourtant, la petite se montre à la fois performante et suffisamment réjouissante pour ne pas s’ennuyer à son volant. Pas une des 86 400 secondes. Voilà ce qui attendait les cinq pilotes formant notre équipe. Vingt-quatre heures de course non-stop. Ou ce que l’on appellera ici, une expérience.

Les réjouissances auront débuté dès le vendredi 14, alors que deux séances d’essais libres étaient organisées afin que chacun trouve ses marques le long de la piste varoise. Large, rapide et sécurisé, le HTTT se caractérise également par quelques courbes aux trajectoires peu naturelles de prime abord. Cette séance d’apprentissage se trouve donc la bienvenue afin de mémoriser les points de freinage ou de braquage. Car le lendemain, une fois la nuit tombée, il sera trop tard pour demander son chemin aux commissaires de piste, alors que bon nombre de repères se seront enfouis dans la pénombre. Puis, c’est aussi l’occasion de s’amuser à pousser la petite A1 dans ses ultimes retranchements, la course, la vraie, nécessitant – théoriquement – de rouler à l’économie.

Samedi 15 au matin, après une bonne nuit de sommeil et avant une bonne nuit d’exercice, voilà le tirage au sort de la grille de départ. Les essais de la veille n’étaient pas qualificatifs. Seulement récréatifs. Le suspens n’a toutefois rien d’effroyable puisque l’on s’en va pour 24 heures de course ; celle-ci ne se joue donc guère sur le tableau d’entrée. Mais le sort nous a placé en troisième ligne. Les premiers tours vont être sympathiques. 22 voitures au coup d’envoi, y en aura-t-il autant dimanche après-midi ?

Le départ est prévu pour 14h00. Après une pause déjeuner et les derniers conseils reçus de Patrice, notre généreux coach/team manager, tout le monde se presse sur la piste, dans la ligne droite des stands. Là, nous attendent les 22 voitures disposées dans l’ordre du tirage. L’ambiance est étonnante, au goût de cérémonie officielle. Speaker, caméras, photographes, supporters, grid girls… tout y est. Alors, on se soumet à la photo, reçoit l’encouragement de David Hallyday, Stéphane Ortelli (pilotes Audi) et Hugues de Chaunac en personne. Puis vient le moment de mettre son casque et de s’arnacher alors que sont brandis tour à tour les panneaux, ‘évacuation de la piste’, ‘3 minutes’, ‘2 minutes’… ’30 secondes’. Les moteurs démarrent et nous sommes vingt-deux pilotes amateurs au départ d’une véritable course, partis pour un premier tour de piste au pas derrière la leading car. Il s’agit là d’un départ lancé.

De retour sur la ligne droite des stands, la leading car s’est effacée. Et lorsque les feux passent au vert, ce sont 22 voitures strictement identiques qui s’engagent vers l’un des plus redoutables tests de fiabilité que peut subir une voiture de série. Passer 24 heures non-stop, plein gaz, aux mains de pilotes peu expérimentés. Si l’A1 a été sécurisée, elle demeure toutefois parfaitement ‘stock’ ; moteur, boîte S-Tronic, châssis. Ainsi pour Audi, le défi n’était pas de voir l’une de ses voitures sur le podium mais d’espérer les 22 à l’arrivée. Au préalable, l’auto aura bien sûr été longuement testée par les organisateurs, notamment au Sambuc et au Castellet. Là, certains réglages auront été étudiés, comme les pressions de pneumatiques qui devront permettre à la fois performances, durabilité et équilibre dynamique pour que néophytes comme initiés se fassent plaisir.

Partie en 3ème ligne, notre voiture prend la tête après deux tours de course. Mais il en reste un peu plus de 650 à parcourir, et notre stratégie n’a rien du sprint de 24 heures. C’est ainsi qu’une fois la griserie du départ estompée, on calme le jeu pour se trouver un rythme raisonnable. Les équipes les plus fougueuses nous dépassent et la routine de la course s’installe peu à peu. Arrêts aux stands, changements de pilote, ravitaillement.

La prochaine ‘étape’ de l’épreuve arrive à la tombée de la nuit. Mais juste avant, il est prévu pour notre voiture un premier changement de plaquettes. Ceci en tête, on se permet d’attaquer pour finir comme il se doit notre premier jeu prêt à expirer. Nous posons alors le meilleur tour en course, un chrono qui restera en place jusqu’au petit matin. Puis le soleil finit par toucher l’horizon avant de disparaître. Chaque tour se fait alors de plus en plus sombre et les repères de moins en moins évidents. La nuit venue, moteur et freins profitent de la fraicheur, mais les trajectoires prennent parfois du large. Difficile de se lancer dans ‘Signes’ avec la même ardeur qu’en plein jour, alors que l’on voit à peine le point de corde à l’instant du braquage et encore moins celui de sortie. Les pilotes du Mans, du Nürburgring ou de Spa lancés en pleine nuit à des vitesses délirantes, parfois sous la pluie, lors de relais pouvant dépasser les 3 heures, ceux-là méritent notre plus grand respect.

Durant la nuit, le calme envahit les stands. Les pilotes vont faire un somme avant d’être réveillés pour prendre le volant. Afin de permettre à chaque membre de l’équipe de pouvoir disposer de 4 à 5 heures pour se reposer, nous effectuons des relais d’une heure et demi. Une heure et demi à rouler sur le circuit Paul Ricard en pleine nuit…

Ces longues heures dans le noir ne donneront lieu à aucun incident, et l’apparition des premières lueurs nous font dire que la dernière partie de l’épreuve arrive. ‘Plus que 7 heures de course !’… Mais lorsque le jour se lève, nous seront descendus dans le classement. Sans doute est-ce le jeu des arrêts dus aux changements de plaquettes. Un seul changement supplémentaire face à la concurrence et l’on prend plusieurs tours de retard. Un retard qui ne pourra être comblé à la régulière. Dommage pour notre équipage : contrairement aux courses qualificatives, la régularité n’est plus ici de mise au classement final. Nous sommes réguliers mais nos adversaires ont déjà pris trop d’avance. À cet instant, les yeux à demi clos rivés sur les écrans de contrôle, personne ne se réjouirait de voir un concurrent avoir de légers soucis mécaniques, mais…

Désormais, il nous faut arriver. La victoire sera celle de l’endurance ; franchir la ligne d’arrivée après 24 heures de course, voilà tout. Le soleil étant de nouveau bien présent, on voit les mines fatiguées. Mais tant que la petite aiguille n’a pas bouclé la boucle, la course continue. Les dernières heures arrivent. Plus aucun bouleversement n’est attendu au classement général, à moins que… Les dernières minutes arrivent à leur tour et, non, aucun de nos concurrents directs n’aura eu de souci. Une nouvelle victoire pour Audi. Sous un beau ciel bleu, à 14h00, le damier est agité par David Hallyday, avant que l’ensemble des commissaires de piste ne remuent à leur tour leurs drapeaux jaunes, rouges, bleus. Nous terminerons 4ème de notre catégorie des ‘invités’, 17ème au général, après un nombre de tours infernal, 666 précisément. Soit une distance de plus de 2 500 km parcourue par notre A1 1.4 TFSI, à une vitesse moyenne de 105 km/h. Suffisamment performante et réjouissante sur piste, la petite Audi s’est également révélée d’une redoutable fiabilité.

Bilan : vingt-deux voitures à l’arrivée, cinq mines fatiguées mais réjouies par équipage. Avec une organisation signée Oreca, Audi a réussi son pari, offrir à des pilotes amateurs l’expérience de l’endurance, l’expérience d’une authentique course de 24 heures dans un cadre de premier choix. Si l’on a beau considérer certains produits de la marque – notamment badgés RS – trop peu axés sur les émotions du pilote, on devra toutefois avoué qu’Audi signe là une initiative assez sensationnelle. La concurrence pourrait en prendre de la graine ■

Crédit photos : Audi.

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